LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON26 Mai 2007 6 Drame français (2007) de Julian Schnabel. Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner, Marie-Josée Croze. 112 min.
C ( un clignement d'oeil) H ( idem)...E...F...D...O...chef-d'oeuvre ! L'atypique Julian Schnabel n'a pas attendu que le biopic (de "biographical picture") soit à la mode pour mettre en scène son troisième film. En effet, "Basquiat"
retraçait la vie de ce peintre d'origine haïtienne et "Avant la nuit", celle de l'écrivain cubain Reinaldo Arenas. Pour celui-ci, il adapte le roman de Jean-Dominique Bauby, ancien directeur du
magazine "Elle", victime du locked-in syndrome (paralysie totale exceptée des paupières). C'est par le battement des cils qu'il a pu l'écrire (il est mort quelques jours après sa
parution).
Bien évidemment, Schnabel
prenait des risques en s'attaquant à pareil sujet. Pourtant, il réussit un film magistral (et le mot est encore faible, d'ailleurs aucun mot ne peut traduire le choc que cette oeuvre procure).
Chaque battement qui passe est un émerveillement tant sensoriel que humain. Les trouvailles visuelles de cet artiste sont abasourdissantes. Il est vrai qu'on comprend mieux quand on sait que c'est
aussi un grand peintre (ses tableaux sont exposés dans les plus grands musées du monde). Un des coups de génie de ce poète est d'avoir soudé l'unique oeil de son héros et le sien de cinéaste
visionnaire.
Pendant un long moment,
Jean-Dominique Bauby est la caméra. Cela permet, comme dans "Elephant man" de Lynch, de mieux se préparer psychologiquement avant d'affronter l'horreur (logique dans notre société où tout se base
sur l'apparence), mais aussi de ressentir de l'empathie.Une autre grande force du "Scaphandre et le papillon" est d'avoir réuni tant de comédiens prestigieux et attachants
autour de Mathieu Amalric (toujours égal à lui-même). Max von Sydow (l'acteur fétiche
de Ingmar Bergman) est bouleversant dans le rôle du père de Jean-Dominique; Jean-Pierre Cassel (à qui entre autres le film est dédié) qui joue le rôle d'un curé et qu'on retrouve tenant un commerce
religieux à Lourdes (le propos acerbe sur la religion est évident). Et que dire de toutes ces actrices plus belles les unes que les autres; par leur présence, ces femmes (certaines font encore
fantasmer ce don Juan révolu) représentent la vie qu'elles engendrent, mais aussi qu'elles aident à quitter plus sereinement.Ce chef-d'oeuvre est un hymne à la vie. Le
seul défaut qu'on pourrait lui imputer est d'en faire trop (mais finalement n'est-ce pas la meilleure métaphore de ce qu'est la vie...). Ne passez pas à côté de cet écrin
! nti_bug_fck